Entre les lignes: La gauche tunisienne vote à droite


Le leader de la gauche tunisienne, Hamma Hammami, a tenu, ce jeudi 11 décembre, une conférence de presse, pour annoncer la position finale du Front Populaire à propos du candidat à soutenir lors du second tour de la présidentielle qui aura lieu le 21 décembre prochain.

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Hamma lors de la conférence de presse, ce jeudi à l’hôtel Africa à Tunis. A gauche l’élu du Front, Zied Lakhdhar. photo/Cheker.B.

Néanmoins, cette position tant attendue n’a pas été précise au grand dam des journalistes qui l’ont considéré ambiguë en lisant le communiqué distribué à l’occasion. Pourtant Hamma Hammami a vu les choses autrement en déclarant : « Notre position est la plus claire de tous les autres partis ».

Cette position qu’il considère claire ne l’est que si on admet que Hammami a adressé un message chiffré à ses militants et dans ce cas ça devient presque un choix par élimination. Démonstration.

En réalité, le Front Populaire de Hamma Hammami n’avait que trois éventuelles consignes de vote à donner à ses sympathisants : boycotter les élections, voter Essebsi, voter Marzouki (bien que cette 3éme éventualité soit très peu envisageable).

Sans surprise donc, cette 3ème éventualité a été écartée puisque le Front a appelé, dans son communiqué, ses militants explicitement et sans aucune réserve à ne pas voter Marzouki, qui est considéré comme le candidat du parti islamiste Ennahdha et son allié pendant le règne de la Troïka.

Mieux encore, Hammami a pointé du doigt ce candidat, le considérant comme l’un des responsables, directe ou indirecte, de l’assassinat de Belaïd et Brahmi. Donc pour les militants du Front, la consigne est très claire à ce niveau: Il n’est pas question de donner sa voix à Marzouki.

Le communiqué du Front était également plus clair que tous les autres partis, concernant le premier choix qui est le boycott des élections ou le vote blanc, puisque Hammami a appelé ses militants à participer massivement à ce 2ème tour. Donc, là aussi les choses sont claires. Le Front n’appelle pas à boycotter les élections.

En effet, c’est dans le 2ème choix que se trouve l’ambiguïté. Hammami a certes indiqué que, pour donner ses voix au candidat du parti de droite, Nidaa Tounes, Béji Caid Essebsi, ce dernier doit éclaircir certains points de discorde concernant son programme, ainsi que sa relation avec Ennahdha. Mais en écartant le boycott des élections et le soutien à Marzouki, il a, sans le dire d’une manière implicite, demandé à ses sympathisants de voter Essebssi.

Ainsi donc, Hammami aurait publié un communiqué intelligent dans lequel il a jonglé avec les mots pour ne pas se mouiller avec n’importe quel clan, pour éviter de choquer sa base et surtout pour laisser une marge de manœuvre aux prochaines alliances.

Donc un petit résumé pour tous ceux qui sont nuls en maths: Pour Hammami, ne pas voter Marzouki c’est acquis. Ne pas boycotter les élections c’est acquis aussi. Voter Essebsi reste dans ce sens le seul choix et la seule consigne de vote pour le front, même s’il ne le dit pas explicitement.

Bien que certains aient vu dans cette position une manœuvre intelligente pour éviter les pièges, d’autres observateurs y ont révélé un manque de courage de Hamma et son Front qui n’ont pas eu l’audace de dire clairement ce qu’ils pensent, à l’instar de ce qu’a fait l’homme d’affaires et le président de l’UPL, Slim Riahi.

Cependant, ces observateurs ont oublié que le public de Hammami n’est pas celui de Riahi. Le premier est très engagé voire même explosif, alors que le second n’a aucune idéologie ou engagement. C’est pour cela que Hammami a vu juste en choisissant de le sevrer en douceur….

Cheker Berhima

Tunisie: Le double verdict de la présidentielle !

L’affaire des fraudes qui ont émaillé le dépôt des dossiers de candidatures à la présidentielle resurgit, normalement suite de l’annonce des résultats préliminaires du premier tour de la présidentielle qui a eu lieu, hier dimanche 23 novembre 2014. 

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Où sont passés les parrainages de Samir Abdelli et des autres candidats à la présidentielle ?

Si ces charges demeureraient au stade des accusations, en attendant qu’elles soient prouvées par la justice, nous pouvons, d’ores et déjà, du moins en vue des premiers résultats annoncés, avoir une vision plus claire de cette affaire. Pendant le dépôt des dossiers, chaque candidat a présenté à l’ISIE ses 20 ou 25 mille parrainages, exprimant sa fierté d’être le chouchou du peuple…A ce stade, on ne peut que les croire.

Aujourd’hui, le scrutin a donné son double verdict:

En effet, avec un simple calcul mathématique, si on rajoute les voix obtenues par le candiat de Nidaa Tounes Beji Caied Essebsi 42%, avec celles du Président provisoire, Moncef Marzouki 34%, du leader du Front Populaire, Hamma Hammami 9.6 %, de l’homme d’affaires, Slim Riahi 6.5 %, du président de Tayar El Mahaba, Hachmi Hamdi entre 2 et 4% et du candidat indépendant, Mondher Zneidi avec 1 ou 2%, on obtient, à peu près, plus de 96 %.

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Chafik Sarsar, patron de l’ISIE. L’instance et la justice doivent assumer et aller jusqu’au bout de l’enquête pour délimiter les responsabilités…

Avec une participation de 3 millions et demi d’électeurs, ces candidats ont obtenu, sans peine, plus de 25 mille voix. Donc la question du faux parrainage, bien évidement qui suit cette analyse, ne se pose même pas. Idem pour Nejib Chebbi et Mustapha Ben Jaafar qui, toujours selon les premiers résultats, ont eu entre 0.5 et 1% des voix, ce qui leur permet également d’avoir entre 15 et 20 mille voix. Donc le problème des faux parrainage ne se pose pas aussi.

Tous les autres (plus de 3% des voix) ont récolté, chacun d’entre eux, moins de 10 mille voix, (on divise les voix restantes sur le nombre des candidats qui ne sont pas cités ci-dessus, sans compter les démissionnaires) donc au-dessus du nombre de parrainages déposé à l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante pour les Élections).

Une question s’impose en vue de cette analyse: Où sont passées les 27 mille signatures de Safi Saïd, les 16 mille parrainages d’Ali Chourabi, les 20 mille de Samir Abdelli, de Mohamed Frikha et Mehrez Boussayen ?

Cela ne prouve-t-il pas que ces parrainages ne fussent pas sains et que cela risque de mettre en doute le sérieux de ces élections historiques ?!

Cheker Berhima

 

Tunisie: « Les législatives ont trahi Ennahdha », selon Kais Saied

La transition démocratique est en voie de finalisation en Tunisie. Les législatives du 26 octobre dernier ont donné leur verdict avec la victoire du parti Nidaa Tounes. Dans moins de 9 jours, les Tunisiens doivent rejoindre les bureaux de vote pour choisir leur président. Pour vous donner la température de la situation politique en Tunisie et analyser le nouveau paysage après les législatives et avant la présidentielle, j’ai rencontré le professeur en droit constitutionnel, Kais Saïed. Devenu un personnage incontournable en Tunisie, Saied, sincère, direct et convaincant, ne cesse de jouir d’une aura qui va crescendo, et d’une bonne réputation auprès des Tunisiens. Récit d’un expert qui donne sa vision des choses sans langue de bois.

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A la Faculté des sciences juridiques de Tunis: Une rencontre franche avec l’Expert Kais Saied. Photo/Ala Mejri

Comment jugez-vous le nouveau paysage post-législatif ?

C’est pratiquement le même paysage qui a commencé à se dessiner dès les premières semaines qui ont suivi le 14 Janvier 2014. Après ce jour mémorable, les problèmes socio économiques, les revendications des jeunes pour la liberté et la dignité ont été vite oubliées pour céder la place à des problèmes qui n’ont jamais été posés. C’est l’élite qui a mis la main sur ce mouvement populaire et spontanée et qui a précisé ses propres revendications.

Aujourd’hui, les élections législatives ont été organisées sur la base de la nouvelle Constitution, avec le même esprit que celui de 2011. Mais, les résultats ont été autres que ceux de 2011. Il faut signaler qu’une grande partie de la population n’a pas participé à ce scrutin. Pratiquement les 2/3 ont boycotté ces élections. En suite, le choix qui a été fait par la majorité n’était pas un choix pour un projet, pour une liste ou pour un parti. C’était plutôt un choix contre un parti ou une tendance.

C’était le vote qui a été présenté comme utile, mais c’était plutôt un vote sanction. D’ailleurs l’étude devrait être faite sur le moyen d’âge des électeurs et des électrices. Ceux qui sont âgés de plus de 40 ans ont participé à ces élections, et ce, pour une certaine nostalgie du passé, certains d’autres recherchaient un retour en arrière, à la jeunesse sous le régime de Bourguiba. D’autres ont voté contre cette première tendance. Donc c’est toujours cette division qui ne traduit pas réellement les choix des Tunisiens vu que tout a été faussé par cette division. Tout a été orienté vers l’option : Choisir entre Ennahdha et Nidaa. Avec ou contre moi…. Tout a été faussé depuis 2011. Les résultats sont-ils représentatifs ? Je crois que la réponse est négative.

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Toujours sollicité à chaque fois qu’une importante décision politique est prise, le juriste a toujours son mot à dire/ photo: Ala Mejri

Vous ne trouvez pas que ce scrutin a révélé des lacunes qui confirment que le choix des législatives avant la présidentielle est erroné ?

Non le problème est politique. C’est un problème de lecture des forces politiques en place. L’une des deux forces a tenu à ce que les élections législatives soient organisées avant la présidentielle parce qu’elle voyait ses chances plus importantes. Mais les urnes ont donné des résultats autres que ceux attendus. Ennahdha croyait qu’elle allait avoir la majorité et que le gouvernement sera issu de sa majorité, et cela aura des percussions sur la présidentielle. Les législatives ont trahi Ennahdha.

Certaines gens craignent Al Taghawal (hégémonie) si Beji Caid Essebsi (Président du parti gagnant) gagne le scrutin. Quel est votre avis sur ce sujet, tout en expliquant à nos lecteurs les répercussions du « Taghawel  » avec des exemples ?

« Al Taghawal », c’est la dominance d’un seul parti sur toutes les institutions de l’Etat. Je donne l’exemple de la Constitution de 1er juin 59 qui était une Constitution fondée sur le principe de séparation de pouvoir et il y avait des moyens de pression de part et d’autre. Mais cela ne dépassait pas le texte de la Constitution, car il y avait un seul parti et le chef du parti qui domine toutes les institutions. Si on arrive à cette situation, il ne suffit pas de créer une Constitution, il ne suffit pas de créer des moyens de contrôle, car toutes le règles vont être faussées, si un seul parti arrive à lui seul à dominer toutes les institutions. Cela est possible, aujourd’hui, surtout avec le jeu des alliances.
Si Nidaa dominera les législatives, le gouvernement sera issu de cette majorité avec un président du parti qui sera élu président de la république, il peut y avoir une mainmise de ce parti sur toutes les institutions de l’Etat. Certes, il y a toujours une opposition au sein de l’assemblée mais que pourra-t-elle faire ?

Mais si le verdict des élections donnera un autre candidat qu’Essebsi, ce futur président pourra-t-il cohabiter avec une majorité qui n’est pas la sienne ?

marzouki et BCE

Selon Kais Saied, le choix des Tunisiens sera fait entre ces deux candidats: Beji Caied Essebsi ( à gauche) et le Président provisoire de la République, Moncef Marzoki ( à droite).

Possible, mais un chef d’Etat qui ne sera pas issu de la même majorité que peut-il faire, si par exemple, dans un conseil de ministre, il a, à sa droite, un président de conseil qui lui est hostile, à sa gauche un ministre de la Justice et de l’Intérieur hostiles également.

Aujourd’hui, les deux grandes formations politiques ont un problème existentiel, chacun refuse l’existence de l’autre, malgré les discours et les apparences. Ce sont des rapports entre deux pôles ou deux forces qui n’arrivent pas réellement à coexister.

C’est vrai, tout peut fonctionner si l’on respecte la Constitution et l’on dépasse le problème existentiel. En France, la cohabitation entre Chirac et Mitterrand n’était pas facile. Je cite la célèbre phrase de Mitterrand : Il y a la Constitution, toute la Constitution rien que la Constituon. Mais en Tunisie, le problème n’est pas constitutionnel, il est essentiellement politique.

Donc, les Tunisiens doivent choisir entre Al Taghawel et blocage ?

Oui, c’est le choix de nos politiques avec une Constitution faite sur mesure, en se basant sur les résultats des élections de 2011. Le choix était fait comme un habit pour les forces dominantes. Cela fait que le fonctionnement des instituions pourrait être bloqué par l’existence des deux forces à la Kasbah (siège du gouvernement) et Carthage (siège de la présidence) qui n’arriveraient pas à coexister.

Interview réalisée par Cheker Berhima 

Tunisie: Pauvre Football !!!

« Ce qui fait l’originalité du football, sa grandeur, sa beauté, c’est qu’il est souvent injuste ». Mais en Tunisie, c’est vraiment trop injuste. Et le football tunisien devient ennuyeux. Les dirigeants, supporteurs et joueurs tunisiens participent tous à leur façon à cette mascarade qu’est devenu notre sport. Le favoritisme et la corruption sont devenus monnaie courante…Le régionalisme prend de l’envergure et bat son plein…bref une situation catastrophique et triste !

arbitres tunisiens

Les arbitres, coupables majeurs de cette situation détestable…

La 10ème  journée de la ligue 1 ‘’professionnelle’’ de ‘’football’’ s’est déroulée, hier dimanche 10 novembre.L’on ne va pas retracer les temps forts des rencontres mais de choses beaucoup plus graves: Violence, régionalisme, erreurs arbitrales flagrantes…

Le match choc de la journée qui a opposé l’Espérance Sportive de Tunis au leader de la ligue 1, l’Etoile du Sahel, est revenu au « Sang et or » (1-0). Bien évidement, ce classico a été émaillé d’incidents que ce soit au niveau des tribunes ou sur le terrain: Insultes et slogans régionalistes repris chaque match opposant ces deux équipes rivales. Bref, un véritable acharnement qui transforme nos stades en enceintes de haine et de déchirements entre région d’un même pays.

Cette journée s’est caractérisée aussi par les erreurs arbitrales indéniables qui ont changé la physionomie de quelques matchs en particulier: JSK-CA.

Au stade de Kairouan, l’arbitre accorde sans hésitation un penalty imaginaire aux visiteurs, ce qui a changé le cours du match, bien que le CA ait pu gagner son match d’hier de manière propre sans avoir besoin de ce cadeau de Haïthem Kossaï. Résultats: Des coups de poing, de pieds… une bagarre générale digne d’une révolution. Et du coup, le comité directeur de la JSK a menacé, dans un communiqué, de se retirer du championnat, et ce, en signe de protestation contre ce qu’il a considéré comme « complot » dont le club a été victime.

Ces scènes de violence se répètent chaque dimanche…

Face à cette triste journée, il est temps de lancer donc un nouveau cri d’alarme aux autorités compétentes pour intervenir d’une façon responsable afin de mettre un terme à ces fléaux de suspicion, de violence, de banditisme, de régionalisme et même de  favoritisme et de corruption qui pourrissent  l’environnement du football tunisien.

Pourquoi ne pas imposer une sanction administrative à qui enfreint la loi, sur ses arbitres qui tuent la passion des Tunisiens ? Et surtout  arrêtons de penser que les erreurs d’arbitrage font partie du jeu et que la violence dans les stades fait le charme du Football. C’est de n’importe quoi.

Le système sportif dans notre pays tend à vouloir instaurer dans le football Tunisien, depuis des années déjà, ce genre d’attitude qui rend le sport ennuyeux.

Dans l’espoir de voir redonner les matchs du championnat tunisien leur caractère de fête de famille, une ambiance agréable et sans danger…

 Cheker Berhima

Tunisie: Les députés qui vont assurer le spectacle de l’éloquence

De tout temps, le Parlement n’était pas seulement l’épicentre de la démocratie, c’était aussi un lieu où l’éloquence est reine. Après la révolution tunisienne de 2011, l’Assemblé Nationale Constituante (ANC) a été le vivier d’une production hors normes, de politiciens qui savent non seulement parler en public mais qui de surcroît ne mâchent pas leurs mots et n’hésitent aucunement à clasher quand c’est nécessaire, des moments d’une intensité exceptionnelle, des bijoux de rhétorique, et ce, durant plus de deux années.

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L’arène du Bardo accueille ses nouveaux gladiateurs…

Maintenant, et alors qu’on connait presque les noms de tous les députés du prochain Parlement tunisien, nous pouvons déjà avoir une idée sur les orateurs qui vont assurer le spectacle de l’éloquence sous l’hémicycle du Bardo. Du côté du Front Populaire, parmi les députés qui vont enflammer le Parlement, nous retiendrons Mongi Rahoui, élu de Jendouba, connu par les Tunisiens pour ses déclarations agitées et ses positions audacieuses.

Il y aura aussi Ahmed Seddik, élu de Tunis 1, Zied Lakhdher, de Ben Arous, et Mbarka Brahmi qui, selon les premières apparitions médiatiques, promettent déjà des débats houleux et les différents médias de la place n’ont qu’à bien suivre tant ils annoncent matière à traiter.

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MBarka Brahmi, veuve du martyr Mohamed Brahmi, assassiné lâchement le 25 juillet 2013. Mbraka va reprendre le chemin de son mari… Photo/Cheker..B

Les députés de Nidaa Tounes, disciples du leader Bourguiba, ne pourraient pas être exempts de cette liste. Le parti vainqueur de ces législatives a accouché de Khemais Ksila, Mondher Hadj Ali, Bochra Belhaj Hmida, Lazhar Akermi et Mohamed Ennaceur. Ces politiques, qui ont fait preuve de répartie, vont de façon cinglante, enflammer l’Assemblée pour le plus grand bonheur du public. Fort de 85 députés, Nidaa Tounes pourrait bien évidement offrir d’autres noms « surprises »…

Du côté du parti islamiste Ennahdha, Cheikh Mourou dirigera l’empire du mouvement, en termes de rhétorique. Mourou, le roi du tac au tac, saura, avec Samir Dilou ou encore Zied Laâdhari, riposter immédiatement aux assauts.

Le parti de l’homme d’affaires Slim Riahi, l’UPL, n’en sera pas moins farouche, avec l’économiste Mohsen Hassen et son collègue Youssef Jouini, la formation politique de Slim Riahi saura répondre avec vivacité à toutes attaques verbales.

D’autres députés, comme Iyed Dahmani (Al Joumhouri) et Mehdi Ben Gharbia (Alliance Démocratique), bien qu’ils soient seuls et sans appui partisan, sauront défendre leurs principes et participer aux clashs des députés. Sans oublier bien évidement les indépendants comme Adnene Hajji, le lion des mines et Ahmed Khaskoussi. Bref un Parlement, a priori, prometteur, en termes de spectacle.

Cheker Berhima

BHL en Tunisie, à qui profite « le crime » ?

La visite du philosophe français controversé, Bernard Henri Lévy, en Tunisie continue à alimenter la polémique. Dès son arrivée à Tunis, BHL a été hué par un groupe de Tunisiens qui l’ont accueilli avec des « Dégage » au sein même de l’aéroport. Une chose est sûre, ce comploteur, fouteur de troubles, ne s’y est pas rendu pour faire du tourisme. La question est donc de savoir qui a invité ce sioniste controversé ?

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BHL hué par un groupe de Tunisiens à l’aéroport Tunis-Carthage/ Photo: Yassine Gaidi

L’argument du « à qui profite le crime? » est sans conteste le plus puissant en absence de toutes autres informations officielles.

Partons d’une simple analyse. Les partis gagnants du dernier scrutin en Tunisie, qui a eu lieu le 26 octobre dernier, n’ont aucun intérêt à inviter ce fouteur de trouble. Nidaa et Ennahdha, gagnants des législatives, s’occupent en ce moment dans l’entreprise des différentes stratégies à mettre en place pour le compte de la prochaine période, très décisive dans l’historie de la Tunisie. Le gagnant n’a aucun intérêt de semer le trouble, bien au contraire!

Donc, même le plus simple d’esprit ne peut pas accepter l’hypothèse affirmant que ce comploteur serait l’invité de Nidaa ou d’Ennahdha ou encore de l’UPL ou le Front Populaire ( Eux aussi, sont des vainqueurs des législatives puisqu’ils ont pu décrocher un nombre important de siège au sein du prochain parlement)

Seuls les perdants lors du scrutin pourraient profiter de ce « crime ». Les perdants des élections seraient donc derrière cette visite? Mais à quelle fin ? Si ce n’est de semer le trouble et la discorde dans l’unique but de renverser la situation lors de l’élection présidentielle.

La question « à qui profite cette visite? « permettrait, donc, sans efforts, de faire porter efficacement le doute sur le pourquoi du comment de cette affaire qui suscite l’intérêt de tous les observateurs de la scène politique mais aussi des Tunisiens, dans un sens plus général.

Une chose est sûre, les Tunisiens attendent, et sont impatients de connaitre les dessous de cet visite secrète, dans ses moindres détails!

C.B.

 

Hamma Hammami (leader de la gauche tunisienne): « Il y a trois mensonges dont on se sert contre la gauche… »

La campagne électorale s’accélère en Tunisie. Les élections législatives auront lieu dimanche 26 octobre 2014. A moins de 3 jours du scrutin, la gauche tunisienne souhaite, cette fois-ci, une place de titulaire au sein du prochain parlement. Le Front Populaire, symbole de la gauche tunisienne, va devoir se montrer convaincant pour mettre fin à toutes les accusations qui visent à dénigrer cette coalition. Ce sujet brulant était au menu de ma rencontre avec le leader emblématique de la gauche tunisienne et son candidat à la présidentielle, Hamma Hammami. Récit d’une rencontre sincère.

le leader emblématique de la gauche tunisienne et son candidat à la présidentielle, Hamma Hammami

Hamma Hammami, leader emblématique de la gauche tunisienne/ photo: Cheker Berhima

Le Front Populaire est souvent accusé d’être toujours en position d’opposition. Sa politique, selon certains, est de s’opposer à tout. C’est pour cela qu’ils estiment que sa place ne peut être que dans l’opposition et qu’il ne peut pas diriger ?

Ce sont des préjugés et des étiquettes qu’ils veulent nous coller. Le Front Populaire est contre une chose parce qu’il est pour autre chose. Il a sa vision et son programme pour le pays et il est prêt à le diriger d’une bien meilleure manière que tous ceux qui se sont succédé aux rênes du pouvoir. D’ailleurs, même à l’opposition, on a été toujours constructifs et on a proposé des solutions aux problèmes. Sauf que certains ne veulent pas de nous parce qu’on tient à l’indépendance du pays. On refuse l’aliénation et les décisions imposées de l’étranger. On refuse la spoliation de nos richesses et la violation de notre territoire.

Si on fait une lecture dans le programme du Front, on n’aperçoit aucune approche communiste. Et pourtant, certains Tunisiens continuent à associer le Front et ses leaders au communisme. Qu’en pensez-vous ?

Tout part d’une certaine ignorance. Mais il y a aussi la mauvaise intention et la manipulation pour orienter les gens simples d’esprit. Il y a trois maux dont on se sert contre la gauche et qui se répètent depuis le 19 ème siècle alors qu’ils n’ont rien à voir avec la réalité. On nous accuse d’inciter les gens à la violence. Ils disent que nous sommes athées, et puis on nous accuse de confisquer les biens des gens. Toutes ces accusations sont recherchées et voulues dans le but de semer la zizanie et discréditer la gauche.

Pour répondre à votre question, la Tunisie n’est pas prête pour le communisme. Nous devons sauver ce pays et relancer l’économie, cela est notre seule priorité. Le seul projet qui peut réussir et amener le pays à bon port est un projet national, démocrate, social et progressiste. Un projet qui saura sortir le peuple de sa pauvreté et son ignorance. Un grand projet qui concerne l’ouvrier, le commerçant, le professeur et le chef d’entreprise. Nous œuvrons pour créer des projets qui payent les impôts et qui offrent des emplois. Donc nous encourageons la propriété et la création des richesses dans un cadre légal de respect des lois.

Même l’image de Hamma Hammami est toujours attaquée ?

J’entends quotidiennement des mensonges sur ma personne. Ce phénomène est grave et on ne peut pas construire une société solide sur les mensonges et sur le dénigrement. Malheureusement, certains de nos politiques n’ont pas de morale et se permettent de salir tous ceux qui sont différents d’eux.

Ecoutez, en 2012, j’étais dans un taxi, le chauffeur, qui était un salafiste, a voulu me provoquer en parlant de l’Islam. Et à chaque fois, je lui ai répondu en corrigeant même certaines de ses erreurs sur la religion et sa pratique. A la fin de mon déplacement, il m’a dit: « Mais je croyais que vous étiez Hamma Hammami ?».Quand je lui ai confirmé que c’était bel et bien moi, il m’a dit: «Impossible, vous, vous connaissez beaucoup de choses sur l’Islam et lui on nous a dit qu’il est athée ». Je lui ai rétorqué que je m’appelle Hamma, que je suis musulman et Tunisien et que je ne viens pas du Honduras ou d’une autre terre pour ne pas connaître la religion. Je suis spécialiste de la civilisation arabo-islamique. Si vous me comparez à certains islamistes, vous vous rendrez compte que je connais beaucoup plus de choses qu’eux concernant la religion et je peux dire que j’ai lu le Coran beaucoup plus que certains d’entre eux…

Tenez, je vais vous raconter quelque chose. A l’époque de la dictature, il arrivait à Ali Laârayedh ( leader islamiste) de demander mon avis lorsqu’on discutait de sujets concernant la religion, l’héritage, la légalité entre les sexes…Ce qui me dérange dans le paysage politique tunisien, c’est que certains usent de tous les outils pour abattre leurs opposants. Il n’y a pas de morale. On doit s’opposer dans le respect.

Et il est inconcevable de s’accuser de cette manière. D’ailleurs quand certains ont exagéré en répétant que Marzouki était un alcoolique uniquement pour le salir et le discréditer, je n’ai pas pu m’empêcher de déclarer qu’il ne l’était pas.

Ce témoignage n’a pas plu à certains sympathisants de mon parti qui ont jugé que je défends Marzouki bien qu’il s’agisse d’un président qui a échoué dans sa mission et d’un candidat que je vais affronter aux Présidentielles. Mais je ne l’ai pas regretté. C’est une position de principe. Il y a énormément de choses sur lesquelles ont peut critiquer Marzouki, mais pas les mensonges et les insultes. Le niveau de la classe politique ne doit pas tomber aussi bas.

Propos recueillis par Cheker Berhima 

 

Néjib Gasmi (association Help Imrane): « Imrane nous a fait découvrir un état sanitaire très déplorable en Tunisie »

Une bonne nouvelle. Le petit Imrane, atteint d’un neuroblastome surrénalien, un cancer qui touche les enfants de moins de 6 ans, dont la maladie est devenue une affaire publique, est sur la bonne voie pour vaincre sa maladie.

Nejib Gasmi, Président de l'association Help Imrane

Nejib Gasmi, président de l’association Help Imrane. Photo/ Cheker berhima

Pour avoir une idée sur la situation d’Imrane, j’ai rencontré M. Néjib Gasmi, Président de l’association Help Imrane, créée le 6 avril dernier et qui a été rappelons-le, d’une grande utilité pour sauver la vie de ce petit et aider sa famille à assurer ses soins en France :

Quel est l’état de santé d’Imrane et comment a évolué sa situation ?

Néjib Gasmi : Imrane a subi une autogreffe à Paris et a suivi une radiothérapie qui s’est terminée la semaine dernière. Ce qui a permis d’éliminer les dernières cellules cancéreuses de son petit corps. D’après les médecins, il n’y a plus de cellules malades.

Aujourd’hui, l’état de santé d’Imrane est bon. Il est sous traitement pour une période de six mois. Il y aura, par la suite, un suivi d’une durée de cinq ans pour éviter toute éventualité d’une rechute. Actuellement, on peut dire qu’il est entre les mains du bon Dieu, et qu’il est sur la bonne voie de la guérison.

Je tiens à cette occasion à souligner le travail remarquable des médecins tunisiens et étrangers qui ont assuré tout au long de cette période une grande performance.

Il semble que les donateurs ont bizarrement été en majorité des étrangers qui se sont mobilisés pour sauver la vie de ce petit tunisien?

Jusqu’au jour d’aujourd’hui, l’on a collecté 138 mille euros (quelque 300 mille dinars). Ce qui nous a permis de vraiment couvrir l’ensemble des soins.

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Le petit Imrane va bien. Il n’y a plus de cellules malades. Photo/page facebook de l’association

Oui, on a collecté une petite partie en Tunisie et le reste est venu de donateurs français ou étrangers. On a collecté 38 mille euros en Tunisie et tout le reste est venu de la France et de l’étranger. En Tunisie, les choses sont compliquées. Il faut une association pour collecter les dons et sa création est compliquée.

D’un autre côté, les gens n’ont pas trop confiance en ce genre d’actions et certains n’ont même pas cette culture du don. En France, en une semaine on a créé l’association, le statut, le compte bancaire a été ouvert. Après, on a commencé nos manifestations et on n’a eu que des soutiens. Par contre, en Tunisie c’est toujours compliqué.

Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?

Imrane nous a fait découvrir un état sanitaire très déplorable en Tunisie. Comment peut-on imaginer qu’on utilise ‘’un rideau de douche’’ pour séparer deux lits de malades cancéreux. Le gamin qui a un cancer, s’il ne fait pas sa douche correctement comment il va faire sa chimio ? Comment il va être soigné ?

Nos malades ont besoin d’un traitement adéquat, d’une hygiène, de respect et d’un service de qualité.L’état déplorable des hôpitaux tunisiens est scandaleux. Néanmoins, cette expérience nous a montré que nous avons malgré tout de bons médecins. Ils sont tous biens formés mais ce qui les handicape, ce sont les moyens et surtout la volonté politique.

Pour finir, je dois féliciter et remercier tous ces gens qui ont aidé Imrane, qui ont répondu à l’appel et ont fait preuve d’une mobilisation remarquable. Je dis bravo à eux.

 (Propos recueillis par Cheker Berhima) 

Tunisie: Des candidats insolites à la présidentielle !

 

Nombreux sont ceux qui ont manifesté leur indignation face à la façon avec laquelle les médias ont commenté les attitudes insolites de certains candidats, qui sont devenus un sujet de controverse sur la Toile.

Le candidat élégant

Mohamed Shgaïer Nouri, le candidat le plus élégant… Photo/ Yassine Gauidi

Des voix ont estimé qu’après tout, l’habit ne fait pas le moine et ce qui compte vraiment c’est le fond pas la forme. Ce n’est pas faux, mais quand il s’agit d’une candidature à la Présidentielle, il faut vraiment réfléchir à la vivacité de ces proverbes…

On ne se moque pas de l’apparence des candidats dans le sens physique mais de leurs tenues, allure, prestance, absence d’éloquence, toutes ces conditions nécessaires et non pas suffisantes qui doivent exister pour un présidentiable. Il est donc normal voire même essentiel que notre futur Président soit présentable à tous points de vue.

Faut-il rappeler dans ce sens à Leila Hammami, à Moufida Amdouni et à Mohamed Shgaïer Nouri que l’image des responsables politiques s’inscrit dans une longue tradition, et doit dans son fond tout comme dans sa forme respecter le sérieux de la fonction présidentielle ?

Faut-il rappeler à ces candidats à scandale, gâcheurs de fête, que cette présidentielle représente pour nous tous, le couronnement de la transition démocratique et la continuité d’une révolution en cours dans ce pays ?

Faut-il rappeler que les élections c’est d’abord une fête ou tout le monde s’habille avec ses plus beaux vêtements et qu’un comportement déplacé peut dégoûter les présents et leur amener à quitter la cérémonie ?

Vous qui supplierez si humblement qu’on vous donne nos voix, rendez-vous compte de l’importance de cette fonction, que l’image du Président est le miroir de la vision politique de tout un pays. Qu’elle est le reflet d’un style de gouvernance, et que la forme est à l’image du fond…

Vous, candidats fantaisistes et parasites, rendez-vous compte que vous êtes complices de tout un plan visant à démystifier l’élection présidentielle, censée être le couronnement de la réussite d’une expérience démocratique unique dans le monde arabe ?

Faut-il enfin pointer du doigt le travail de l’équipe de Sarsar, organisateur de la fête, qui n’a pas, semble t-il, su imposer ses règles et laisser tous ces parasites gâcher la cérémonie?

Il est clair que les Tunisiens ne sont pas aussi imbéciles pour voter une Amdouni ou une Leila Hammami mais le fait de mettre ces candidats à scandale sur la même ligne de départ avec des militants comme Chebbi, Ben Jâafar et Hammami fait honte à notre révolution et ses martyrs.

Cheker Berhima